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La carte d'implant : une interface utilisateur à part entière au regard de l'EN 62366-1

Amandine Broussier
Amandine Broussier5 JUILLET 2026
La carte d'implant : une interface utilisateur à part entière au regard de l'EN 62366-1

La carte d'implant, imposée par l'article 18 du Règlement (UE) 2017/745 (MDR), est trop souvent traitée comme un simple document réglementaire à produire : un contenu obligatoire, un format normalisé, et le tour est joué. C'est une erreur qui coûte cher lors des audits. Pour les organismes notifiés, la carte d'implant n'est pas qu'une pièce administrative : c'est un élément de l'interface utilisateur du dispositif, au même titre que la notice ou l'étiquetage. Elle doit donc être évaluée dans le cadre du processus d'aptitude à l'utilisation (IAU) prévu par l'EN 62366-1. Son absence dans le dossier d'IAU est aujourd'hui un motif de non-conformité fréquemment relevé pour les dispositifs implantables.

    Rappel : que dit l’article 18 du MDR ?

    L'article 18 impose au fabricant d'un dispositif implantable de fournir une carte d'implant, accompagnée d'une notice permettant d'identifier le dispositif et d'informer sur les avertissements, précautions ou contre-indications nécessaires (compatibilité avec certains examens d'imagerie, par exemple).

    Cette carte répond à trois objectifs :

    - Identifier le dispositif implanté et permettre au patient d'accéder à des informations complémentaires, notamment via Eudamed.

    - Permettre au patient de s'identifier comme porteur d'un dispositif nécessitant une attention particulière (contrôles de sécurité, examens d'imagerie, etc.).

    - Informer le personnel médical d'urgence ou les premiers intervenants des précautions à prendre en cas de prise en charge imprévue.

    Certains dispositifs en sont exemptés : sutures, agrafes, produits d'obturation dentaire, appareils orthodontiques, couronnes dentaires, vis, cales, plaques, broches, clips et dispositifs de connexion.

      Pourquoi la carte d'implant fait partie de l'interface utilisateur au sens de l'EN 62366-1

      L'EN 62366-1 définit l'interface utilisateur de façon large : tout moyen par lequel l'utilisateur et le dispositif interagissent, ce qui inclut l'étiquetage, l'emballage et toute information fournie avec le dispositif destinée à être lue ou utilisée , y compris donc la carte d'implant et sa notice associée.

      Or la carte d'implant remplit une fonction de sécurité à part entière : elle porte une information critique (type de dispositif, IUD, avertissements) destinée à des utilisateurs très différents les uns des autres : patient, professionnel de santé au moment de la pose, personnel d'urgence, agent de sécurité, souvent dans des contextes contraints (urgence, stress, manque de temps, absence de formation médicale pour le patient). C'est précisément le type d'interface que l'EN 62366-1 demande d'analyser : utilisateurs multiples, contextes d'utilisation variés, risque d'erreur d'interprétation avec des conséquences potentiellement graves.

      Concevoir une carte conforme au contenu exigé par le MDCG 2019-8 sans l'évaluer du point de vue de l'utilisateur revient donc à ignorer une partie du champ d'application de la norme, ce que les organismes notifiés ne manquent pas de relever.

        Le point de vigilance des organismes notifiés

        Dans les dossiers techniques, les non-conformités les plus courantes liées à la carte d'implant portent sur :

        - L'absence de la carte dans la description de l’interface utilisateur .

        - L'absence d'analyse des tâches et des risques d'utilisation liés à la lecture, à la compréhension ou à la transmission de la carte (ex. : carte perdue, information illisible, symbole mal interprété, patient incapable de communiquer l'information en urgence).

        - L'absence d’évaluation de la carte.

          Comment intégrer la carte d'implant dans le processus d'IAU

            Spécification d'utilisation

            La carte d'implant doit apparaître dans la spécification d'utilisation du dispositif, au même titre que l'interface principale ou la notice : utilisateurs prévus, environnement d'utilisation, et connaissances ou capacités attendues de chacun.

              Analyse des tâches et des risques

              Chaque interaction avec la carte doit être considérée comme une tâche à part entière : compléter la carte, la remettre au patient, la conserver, la présenter en cas d'urgence ou de contrôle. L'analyse des risques d'utilisation doit couvrir les erreurs raisonnablement prévisibles : carte égarée, champs mal renseignés, symbole non compris, information illisible en situation de stress.

                Évaluation formative

                Des tests de compréhension du contenu et des symboles auprès d'utilisateurs représentatifs (patients, personnel médical) permettent d'identifier les points d'ambiguïté avant la finalisation du document, exactement comme pour une notice d'utilisation.

                  Évaluation sommative et traçabilité documentaire

                  La preuve de cette évaluation doit être tracée et intégrée au dossier d’aptitude à l’utilisation. C'est cette preuve, et non la seule conformité du contenu au MDCG 2019-8, qui permet de démontrer à l'organisme notifié que les risques d'utilisation associés à la carte ont été identifiés et maîtrisés.

                    Contenu et format : ce que prévoit le MDCG 2019-8

                    Le contenu et le format restent bien sûr encadrés par le guide MDCG 2019-8 : nom ou type du dispositif, IUD, coordonnées du fabricant côté fabricant ; identité du patient, établissement et date d'implantation côté professionnel de santé. Le format reprend celui d'une carte bancaire (85,60 mm × 53,98 mm), avec un texte d'au moins 2 mm de hauteur et l'usage recommandé de symboles harmonisés issus de la base ISO. Mais ce cadre reste une contrainte de contenu, il ne dispense pas de la démarche d'évaluation de l'aptitude à l'utilisation qui, elle, porte sur la compréhension réelle par l'utilisateur final.

                      Bonnes pratiques pour éviter la non-conformité

                      - Intégrer explicitement la carte d'implant dans la spécification d'utilisation et l' analyse des risques d'utilisation , dès la conception.

                      - Définir un profil utilisateur distinct pour chaque destinataire de la carte (patient, personnel soignant, personnel d'urgence).

                      - Tester la compréhension des symboles et du contenu auprès d'utilisateurs représentatifs.

                      - Documenter cette évaluation dans le dossier d’aptitude à l’utilisation avec une traçabilité claire vers la spécification d'utilisation et l'analyse de risques.

                      - Revoir la carte à chaque évolution du contenu réglementaire (mise à jour du MDCG 2019-8, changement d'IUD, nouvelle indication).

                        En résumé

                        La carte d'implant n'est pas qu'un document réglementaire : c'est une interface utilisateur au sens plein du terme, avec ses utilisateurs, ses contextes d'usage et ses risques d'erreur propres. Les organismes notifiés attendent désormais qu'elle soit traitée comme telle, intégrée dans la spécification d'utilisation, l'analyse des risques et les évaluations du processus d'aptitude à l'utilisation. Anticiper cette exigence dès la conception évite une non-conformité évitable, et surtout, garantit que la carte remplit réellement sa fonction de sécurité une fois entre les mains du patient ou du personnel soignant.

                          Amandine Broussier

                          Amandine Broussier

                          Spécialiste aptitude à l'utilisation chez Usarea